Désir de grossesse et Cancer du Sein : une réponse rassurante

25/07/2016

 

 

Les femmes qui bénéficient d’une fécondation in vitro ont-elles un risque accru d’être un jour atteinte d’un Cancer du Sein ? En d’autres termes, les doses importantes d’hormones qui leur sont  administrées au cours de cette procédure sont-elles cancérigènes. 

 

Une étude Néerlandaise importante, basée sur le devenir de milliers de femmes traitées pour infertilité, vient d’être publiée dans le JAMA

 

Elle donne une réponse rassurante à cette question. Avant d’aborder ce point spécifique, il peut être utile de donner quelques précisions sur les liens encore flous entre Cancers du Sein, Grossesses et Hormones.

 

Jusqu’à l’avant-dernière décennie du XXème siècle, il semblait impossible de concilier Désir d’Enfant et Cancer du Sein. On pouvait entendre, d’un corps médical parfois désarçonné par la puissance de cette pulsion vitale, des phrases définitives : « si vous faites un enfant, vous ferez aussi un orphelin ».

Les études scientifiques – nombreuses - publiées, même si aucune n’était suffisamment étayée pour être considérée comme une preuve irréfutable, ont peu à peu aplani nos craintes de médecins et nous ont appris à corriger notre discours inquiet et inquiétant.  


En France, des milliers de femmes ont enfanté après avoir été traitées pour un Cancer du Sein et s’en portent bien.

 

Ce que nous savons :


Dans la plupart des cas, une grossesse n’augmente pas le risque de rechute après un Cancer du Sein. Mais les traitements anti-cancéreux (en particulier la chimiothérapie et l’hormonothérapie) diminuent grandement la fertilité.

Trois conséquences majeures : 
-    La tentation est importante de diminuer, dans certains cas, la durée des hormonothérapies (qui interdisent une grossesse pendant leur utilisation : généralement 5 ans). Mais attention de ne pas sous-estimer le risque : une récidive de cancer n’est pas un événement anodin. Si une telle décision est prise, elle doit être au minimum tripartite : cancérologue, gynécologue spécialiste de l’infertilité et surtout patiente parfaitement informée des risques et des incertitudes.


-    Effectuer moins de chimiothérapies qui sont délétères pour le tissu ovarien (c’est l’une des raisons de l’engagement de l’Institut Français du Sein pour l’utilisation large de tests génomiques et en particulier d'Oncotype DX).


-    La nécessité absolue d’organiser un circuit d’urgence d’onco-fertilité : pour certaines femmes jeunes, atteintes de Cancers du Sein nécessitant un traitement médical immédiat, le délai imparti pour préserver leurs chances d’enfanter se compte en jours ou tout au plus en semaines.  C’est la raison pour laquelle l’Institut Français du Sein a, dès son origine, collaboré avec l’équipe du Pr Grynberg pour qu’à cette question urgente soit donné une réponse immédiate.  

 

Ce que nous venons d’apprendre grâce à l’étude  de cohorte publiée dans le JAMA : 

 

Les femmes infertiles qui ont bénéficié d’une fécondation in vitro n’ont pas plus de risques de Cancers du Sein que les femmes infertiles traitées par d’autres méthodes. Elles ont pourtant été exposées à des doses d’hormones importantes. Leur taux de Cancers du Sein est à peu près semblable à celui de la population générale.

Nous savions déjà que le risque de Cancers du Sein augmentait probablement très légèrement sous pilule contraceptive, mais que 2 à 4 ans après l’arrêt, le risque redevenait identique à celui de la population générale. 


Dans les 2 cas : femmes sous contraception orale et femmes traitées pour infertilité, il s’agit de populations jeunes à risque faible de Cancers du Sein. Dans les 2 cas, le risque de Cancers du sein à distance du traitement n’apparaît pas augmenté.

Pour conclusion de cette étude Néerlandaise très documentée : lorsqu’on souhaite un enfant, la crainte d’un Cancer du Sein, dans le futur, ne doit pas être un obstacle à choisir la méthode la plus efficace.

 

Ce que nous ne savons pas encore et brûlons de savoir (et nous y travaillons dans le cadre de la Société Française d’Oncofertilité) :
    
-    Quelles sont les meilleures méthodes pour préserver la fertilité d’une jeune femme qui doit bénéficier d’une chimiothérapie ? Prélever des ovocytes, prélever un fragment ou la totalité d’un ovaire, greffer ce fragment ou cet ovaire après la chimiothérapie, récupérer plutôt les ovocytes après un travail en laboratoire sur le tissu ovarien ?
-    Que pouvons-nous proposer aux jeunes femmes qui ont une mutation génétique pour elles et leur descendance ?

 

Le Cancer du Sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Il arrive toujours mal dans une vie, il arrive encore plus mal lorsque le désir d’enfant est présent.

À nous, médecins, de proposer les meilleures solutions et, lorsqu’elles n’existent pas encore, de tenter de les découvrir. Aux pouvoirs publics d’organiser les circuits rapides, fondamentaux lorsque le temps est compté. Aux femmes de savoir que souvent des solutions existent pour qu’après leur traitement un enfant puisse venir. Mais que, parfois, elles devront faire preuve de détermination pour arriver au bout de cette quête.
 

 

 

 

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